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Narcotrafic : 26 personnes mises en examen après le coup de filet contre la DZ Mafia
Après une vaste opération menée en début de semaine, 26 personnes, dont un avocat et deux rappeurs, ont été mises en examen dans le cadre d’une enquête visant la DZ Mafia. Le parquet de Marseille présente cette opération comme une tentative d’atteindre non seulement les exécutants du trafic, mais surtout le cœur logistique, financier et relationnel du groupe criminel.
FAITS DIVERS
Baptiste Hiret
3/14/2026


Une opération d’ampleur contre un réseau structuré
Le coup de filet, baptisé « Octopus », est l’aboutissement d’une enquête ouverte début 2024. Selon le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, l’objectif était de toucher le « cœur » de la DZ Mafia, en s’attaquant à l’ensemble de son écosystème : lieutenants, tenanciers de points de deal, logisticiens, investisseurs ou encore blanchisseurs. L’opération, décrite comme inédite, a mobilisé environ 900 gendarmes et conduit à l’interpellation d’une quarantaine de personnes dans six départements.
Au final, 26 personnes ont été mises en examen et 15 placées en détention provisoire. Cinq des mis en cause, dont les trois chefs présumés du clan, étaient déjà détenus au moment de l’opération. Le parquet souligne ainsi que l’enquête n’a pas seulement visé les réseaux de terrain, mais aussi les cadres de l’organisation, y compris ceux qui continuaient à agir depuis la prison.
Un avocat soupçonné de corruption
Parmi les personnes mises en examen figure un avocat lyonnais, désormais écroué. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir été corrompu pour permettre à l’un des chefs présumés de la DZ Mafia, incarcéré dans une prison de haute sécurité, de communiquer avec l’extérieur. D’après les éléments présentés par le procureur, ces échanges auraient pu passer par une ligne ouverte par l’avocat, des courriers couverts par le secret professionnel, ou encore par son ordinateur.
Ce point est central dans le dossier, car il illustre l’une des préoccupations majeures des autorités : la capacité de certains narcotrafiquants à continuer de piloter leurs activités depuis la détention grâce à des complices extérieures.
Rappeurs, femmes : Un réseau plus large que le seul trafic
L’enquête montre aussi la diversité des profils impliqués. Parmi les mis en examen figurent deux rappeurs, Dika, placé sous contrôle judiciaire, et KITKVT, placé en détention provisoire. Les autorités évoquent également la présence de neuf femmes parmi les personnes mises en cause, un élément que le parquet a présenté comme le signe d’une féminisation du narcobanditisme. Vingt des personnes impliquées sont originaires de Marseille, ce qui, selon le procureur, confirme l’ancrage local de cette organisation criminelle.
Les enquêtes récentes décrivent des organisations moins pyramidales qu’auparavant, plus opportunistes, capables de recruter sur les réseaux sociaux, de s’appuyer sur des sous-traitants et de mêler profils criminels classiques, figures médiatiques et intermédiaires du quotidien.
L’argent au centre de l’enquête
Au-delà des interpellations, l’opération vise surtout les circuits de blanchiment. Le procureur a détaillé des saisies pénales dépassant les 4 millions d’euros, comprenant des véhicules haut de gamme, des motos, des quads et 12 biens immobiliers. L’enquête a aussi mis au jour l’utilisation de sociétés commerciales créées pour injecter des fonds issus du trafic, notamment dans la location de véhicules ou la formation.
Les investigations ont en outre confirmé des liens avec un réseau international de hawaladars, déjà repéré lors d’une précédente opération en septembre 2025, qui avait permis de saisir plus de 40 millions d’euros en France et en Italie. Autrement dit, les magistrats cherchent à démanteler une mécanique financière beaucoup plus large, articulée autour de l’investissement, du blanchiment et de la dissimulation d’avoirs criminels.
Un nouveau coup porté à la DZ Mafia
La DZ Mafia est considérée par les autorités comme l’un des groupes criminels les plus influents du narcotrafic marseillais. D’après plusieurs enquêtes de presse, elle s’est imposée au niveau local avant d’étendre son influence le long du Rhône et dans d’autres territoires, dans un contexte de violences liées au contrôle des points de deal et aux rivalités entre clans.
Avec cette opération, la justice veut montrer qu’elle ne cible plus seulement les exécutants ou les auteurs de violences, mais tout ce qui permet au système de tenir : les flux d’argent, les appuis extérieurs, les structures commerciales, les relais médiatiques et les complicités présumées. Reste à savoir si ce coup de filet débouchera sur un affaiblissement durable de l’organisation, ou seulement sur une nouvelle recomposition du groupe.
